lundi 26 décembre 2011

David Cronenberg, la diagonale du flou


Assagi Cronenberg ? Que nenni !
Avec ce film à la force tranquille (comme Mitterrand : clocher, petite ville et arrières-cour pas nettes...) , le canadien nous propose de partir en vacances sur le lac de Constance avec une Keira Knightley  hystérique, un Michael Fassbender monolithiquee et un Viggo Mortensen patriarche.

Les motifs de Cronenberg ? Toujours présent :
Du sang ? Celui d'une vierge.
De la chair ? Celui du vice et de la vertu.
De l'obsession musicale ? Howard Shore et Wagner, bien sûr !

Une lumière magnifique poursuit Augustine, l'héroïne du film, la patiente qui se métamorphose en médecin, Jung, qui se découvre passionné et ombrageux et Freud, qui dépérit tout en iradiant. La tenue de la mise en scène atteint un paroxysme dans l'oeuvre de Cronenberg : Surcadrages, reflets, travelings majestueux dans des intérieurs ou des extérieurs de toutes beauté, direction d'acteur au milimètre, mixage précis entre bruitage et présence de la musique extra ou intra-diégétique, sens aigu du hors-champ (primordial en psychanalyse pour lequel le patient ne voit pas le psychanalyste, hors-champs par principe thérapeutique). Dans ce contexte de double duel (névrose du patient/ "dangereuse" méthode du psychanalyste, traffic d'influence Freud/Jung), Cronenberg ose même le flou et le vide dans le cadre, ainsi que le politique (d'où ce clin d'oeil au beau film un peu oublié de Richard Dembo, "la diagonale du fou" évoquant les réfugiés politiques, mais après leur fuite) et derrière le fantasme, n'oublie jamais la part du rêve et de l'irréel dans l'apparente banalité du quotidien.
Film bavard également, "A dangerous method" (Littérallement "la cure parlante", son titre québécois...) enchaîne les scènes de joute ou de sauvetage verbal dans un tourbillon intellectuel pour initiés rappelant le début de "The Social Network" de David Fincher.

Source : http://www.salon.com
Même les scènes d'introduction et de fin se rebouclent, dans une berline à cheval au début, dans une voiture automobile à la fin, Cronenberg et ses éternelles obsessions fétichistes trouvent leur chemin jusqu'à la Suisse du début du siècle.
Combien, je vous dois, Herr Direktor ? A la semaine prochaine...

("Cosmopolis", une adaptation d'un roman de Don Delillo sortira en 2012 alors que David Cronenberg file vers sa 70è année.)