lundi 28 mai 2012

Quelques mots sur les films vus a Cannes

Renoir - Gilles Bourdos - Clôture "un certain regard" :
Un beau film un peu convenu sur la vie des Renoir, père et fils. La réunion de comédiens est aussi belle que la lumière et les costumes. On échappe également au typage "téléfilm France 3 gonflé en long-métrage" par la profondeur de sa réflexion et le talent de son casting. Malgré quelques facilités, le film mérite le détour pour mieux saisir la complexité des jeux de pouvoirs au sein d'une famille d'artistes.

L'ivresse de l'argent (Do-nui mat) - Im Sang-Soo - Sélection officielle :
Fulgurance graphique (cadre, lumière et mouvements de caméra audacieux), parfum de scandale et chronique sociale du pouvoir pour cette chronique d'une famille de grands bourgeois coréens pour laquelle Im Sang-Soo emprunte ouvertement à Claude Chabrol. Quelques longueurs et des obsessions recurrentes agaçantes car déjà-vues, mais comme à chaque fois, le film est d'une intelligence et d'une tenue trop rare pour ne pas être appréciée.

Maniac - Franck Khalfoun - Hors compétition :
Une séance cannoise d'un film d'horreur réalisé par un francais ? La proposition a comme un parfum decalé, celui du métafilm de la cité de la peur, Red is dead ("Remboursez nos invitations..."). Pourtant, étonnament, même dans le genre ultra-codifié du film d'horreur de serie B auquel "Maniac" rends hommage (à un film éponyme plus ancien, sorti en 1980), Frank Khalfoun, son réalisateur arrive à innover (caméra subjective, flash-backs et cauchemars très graphiques, etc...), solidement aidé par l'expérience d'Alexandre Aja, l'inquiétante ambivalence d'Elijah Wood et la "force de frappe" financière de Thomas Langman. Le film fonctionne bien et ravira les amateurs du genre, se laissant regarder comme une curiosité par les autres.

Holy motors - Leos Carax - Sélection officielle
Carax signe encore un chef d'oeuvre. Du transcendant au dérisoire, de l'hyper-actualité à la désuétude la plus tragique, Carax embrasse tout avec le meme intensité dans ce film parisien mais généreux. Le geste aurai mérité une récompense, ne serai-ce que pour sa liberté. La liste des moments rares serai trop longue. Courez le voir cet été !

Post tenebras Lux - Carlos Reygadas - Sélection officielle :
L'image carrée apparait sur l'écran, une petite fille au milieu d'un champs nous perce les oreilles. La mise en scène audacieuse de Reygadas ferai presque passer Tree of life pour un film lisible. On pense aux experimentations de Sokourov dans Faust, tant la narration, la temporalité et le point de vue fonctionne différemment que dans les autres films. A voir l'esprit reposé, pour l'expérience, sinon migraine et sieste assurée (comme votre serviteur).

Mud - Jeff Nichols - Sélection officielle :
Des enfants matures et pragmatiques face a l'adversité et a la marginalité dans un environnement rural pauvre, c'était également déjà le cadre des Géants de Bouli Lanners l'année dernière. Dans l'Arkansas, et encadré par trois roles adultes efficaces (Matthew Mcconaughey, Reese Witherspoon, Sam Shepard), les deux pré-ados de Mud (Tye Sheridan et Jacob Lofland) sont étonnant de justesse dans leur jeu pour un scénario qui pousse leur capacité d'action jusqu'à la limite de la crédibilité. Reste un film reposant, beau dans ses dialogues, ses idées et ses images.

Des hommes sans loi (Lawless) - John Hillcoat - Sélection officielle :
Apres l'Arkansas de Mud, voici la Georgie de Lawless. L'essentialisme parcourt ces deux films fascinés par la nature et ceux qui y survivent. Ici, il est question d'une fratrie de bootlegger pendant la prohibition, forcée de se défendre contre les malfrats et la police spéciale, tout deux venant de Chicago. Lawless est donc un film de gangster déplacé à la campagne. La sensibilité à l'espace s'inscrit d'ailleurs dès le debut de ce quasi-western très typé US mais pourtant réalisé par un australien. Justement, certains stéréotypes américains du comportement des personnages les desservent un peu, là où un étrange mais bienvenu second degré parcours ce film un peu long mais tres immersif, notamment grâce à ses cadrages et ses décors, costumes, accessoires mais aussi avec la conviction de ses acteurs.

Thérèse Desqueyroux - Hors compétition - clôture :
L'intériorité de Claude Miller perdure même dans cet ultime le film. Aussi lourd et tragique que le roman de Francois Mauriac, le film retrace la vie d'une nouvelle mariée (plus tout à fait jeune justement) dont le rôle va magnifiquement bien à Audrey Tautou. A voir pour decouvrir l'univers de Mauriac plus que celui de Miller, le film a sa place comme le film de clôture d'un grand festival et d'un grand cineaste (voir ou revoir Garde à vue ou plus récemment Un secret pour s'en convaincre).