mardi 26 juin 2012

Holy motors – « Parisian walkways »


Ecrire sur le dernier film de Leos Carax sans le trahir est une gageure. Le mieux est de demander de l’aide à un autre film :
"Paris dort et les parisiens rêvent (…) le destin pense à eux tout en rodant sa roue. (…) Il désigne ceux  qui seront de corvée de destin."
Voici presque un résumé du dernier film de Leos Carax. Ces mots ont plus de 60 ans et ouvrent Sous le ciel de Paris un film de 1951 de Julien Duvivier, célèbre pour sa chanson éponyme reprise par Edith Piaf et Yves Montand et dans lequel les personnages déambulent eux aussi à travers la capitale.
De l’inusable, de l’éternel, il en est question dans Holy motors qui décoche des questions philosophiques (« La beauté est-elle dans l’œil de celui qui la regarde ? », « Who are we ? »…) mais aussi s’attarde sur le dérisoire, la désuétude.
Sans se perdre, le film nous emmène vers le passé, le futur et se paye même le luxe d’être dans l’air du temps au point de répondre avec malice à la question récurrente d’un autre film de la 65è sélection cannoise, Cosmopolis de David Cronenberg : « Mais où donc vont les limousines la nuit ? ».
Source : Les films du Losange
Le parcours que suit Oscar (le personnage principal, joué par Denis Lavant et partageant l’anagramme de Leos Carax) est éminemment parisien mais se partage généreusement car il nous parle de cinéma, de la vie et aussi d’amour.
Aux trois hommes du films (Leos Carax, Denis Lavant, Michel Piccoli) pourraient répondre trois femmes : Caroline Champetier, pour sa lumière fabuleuse, Edith Scob pour un second rôle qui se rapprocherai plutôt d’un « second premier rôle » et Kylie Minogue dont décrire la participation serait gâcher le plaisir du spectateur.
S’il fallait comparer en musique justement, Holy motors est à Sous le ciel de Paris, ce que la reprise blues électrique de Gary Moore « Parisian Walkways » est à la chanson « Sous le ciel de Paris » chantée avec verve et musette par Edith Piaf. La musique est partout dans Holy Motors et Leos Carax se rapproche de Bertrand Bonello dans l’intelligence de ses choix mélomanes (on pense notamment à la finesse de la BO de l’Apollonide).
Prix de la jeunesse à Cannes cette année, Leos Carax réaliserait-il ici un nouveau premier film plus encore qu’un grand retour ?
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Gary Moore : "Parisian walkways" (avec paroles) : http://www.youtube.com/watch?v=zNclKR1iaXk&noredirect=1
L'ouverture de "Sous le ciel de Paris" par Julien Duvivier : http://www.youtube.com/watch?v=-d-LNsykCmw&feature=player_embedded
Le dossier de presse complet avec une interview de Leos Carax et quelques clés du film : http://www.filmsdulosange.fr/images/dp_holy_motors_fr.pdf