dimanche 5 août 2012

Dark Knight Rises ou la fin d'une époque

Esthétique labyrinthique, scénarios à tiroirs habités par des personnages à la psychologie bien ciselée, Christopher Nolan est un auteur qui semble se diriger vers un paroxysme perfectionniste à chaque nouveau film qu'il écrit ou réalise.
Aussi, ses fidèles attendent plusieurs années durant son nouvel opus et il va sans dire que ce dernier suscitait toutes les interrogations tant le précédent Batman (Dark Knight, 2008) semblait dépasser les limites du film d'action et de super-héros.
Pourtant, la comparaison serait maladroite. Sous prétexte qu'il s'agit d'une sorte de tragédie en trois actes, suivant une continuité et qu'il est tentant de comparer les deux méchants (Heath Ledger en Joker sera forcement indépassable puisque adoubé par le mythe de la mort de son acteur...), les deux films sont en eux-même des tragédies complètes. Aussi les renvoyer dos à dos reviendrait à comparer deux histoires bien différentes en réalité.
L'article d'Isabelle Reigner dans Le Monde du 24/07 souligne que le film "gagne en puissance et perds en étrangeté". Le constat est incomplet. La puissance (visuelle et dialectique) est typique des réalisations de Nolan, mais l'étrangeté, ici, se change en mystère. Comme toujours et bien dans la continuité des réalisations de son auteur, il y a ici une science du dévoilement (tellement criante par exemple dans Le Prestige, 2006, dont il s'agit de l'objet principal). Le scénario n'est pas tant original dans sa logique que bien rythmé dans la manière dont il distille les informations et joue avec les attentes du spectateur quant au devenir même du personnage de Batman, de son utilité et de son champs d'action. Les allusions subtiles aux autres épisodes et films de Nolan fusent...
Christian Bale & Christopher Nolan (Premiere.fr)
L'histoire étant sur des rails solides, reste le casting et la direction d'acteurs. Difficile de ne pas inscrire Tom Hardy, l'homme derrière le masque du méchant Bane au panthéon des plus inquiétants personnages de Batrman et par extension, du Hollywood actuel, grâce notamment à la "simple" prouesse de donner vie à un personnage aussi charismatique alors que plus de la moitié de son visage est masqué. Anne Hathaway est saisissante dans sa variation autour du personnage de Catwoman, se permettant le luxe d'apporter sa propres lecture du personnage déjà campé par Michèle Pfeiffer dans Batman, le Défi (1992, Tim Burton) reproduisant ainsi le tour de force de Heath Ledger en Joker réinterprétant Jack Nicholson dans le même rôle (Batman, 1989, film ô combien important pour Tim Burton).
L'intégration de notre Marion nationale se fait bien, même si une séquence est déjà abondamment parodiée sur Internet.
Christian Bale prends de l'âge mais conserve l'intelligence de son jeu, un peu comme un acteur de James Bond sur la fin (Pierce Brosnan vient plus à l'esprit que Roger Moore...).
Visuellement, le film est évidemment à couper le souffle et s'exprime particulièrement bien en 35mm tant son côté analogique ressort (les effets spéciaux numériques sont réduits au minimum et Nolan a lui-même indiqué sa préférence pour la pellicule alors que plusieurs scènes d'action sont tournées en IMAX).
La partition d'Hans Zimmer est plus astucieuse qu'il n'y parait, s'inspirant de chants primitifs pour dériver en grands saillies symphoniques.
Le film ferme une trilogie qui laissera sans problème l'amateur de Christopher Nolan dans l'attente de son prochain projet Man of Steel, dont l'auteur a écrit le scénario et laissé la réalisation à Zack Snyder, autre "cas complexe"  parmi les "faiseurs d'images" hollywoodiens de nos années 2010...

P.S. : Il est difficile d'écrire au sujet de ce film sans évoquer la fusillade d'Aurora. Mourir dans une salle de cinéma est une pensée qui agite tout cinéphile un brin obsessionnel mais sous le coup du désespoir d'autrui, cela dépasse l'imagination. Il est donc important de rappeler ici que le caractère crépusculaire du film de Nolan n'est, à mon sens, pas du genre à attirer ce genre d'acte de violence tant le propos se révèle optimiste. Le choix du film par le tueur se réduisant alors à un banal et tragique hasard de calendrier des sorties de l'été aux USA.