mercredi 3 octobre 2012

Orson et ses femmes...

Étrange coïncidence que la ressortie quasiment simultanée par deux distributeurs différents de deux films successifs d'Orson Welles aux thèmes proches : Le Criminel (1946) et La Dame de Shanghaï (1948).
Définir le genre de ces deux films est complexe, comme la personnalité et l'implication de leur gigantesque auteur/réalisateur/acteur principal. Le cumul pourrait donner pour Le Criminel : Mélodrame psychologique d'espionnage. Tout autre auteur qu'Orson Welles aurait bien du mal à tenir le cap d'un tel genre.
Malgré quelques facilités de dialogue et quelques gimmick de jeu du-dit Orson (récurrence du froncement de sourcils jusqu'au milieu du front et air mi-hébété, mi-inquiétant), le film est impressionnant par ses prouesses techniques, la fluidité de ses mouvements de caméra et l'intelligence de son cadre (ou de ses décadrages).
Les lieux sont dépeint de tels sortent qu'en dessiner le plan devient simple, lisibles et pour certains, rassurants. D'autres, plus anxiogènes sont volontairement laissé dans le trouble.
C'est presque une lapalissade mais même dans ce film moins flamboyant du maître, les plans-séquences  sont d'une beauté et d'une précision rare (et le film est sorti en 1946).
Enfin, côté acteur et personnages, Edward G. Robinson est employé à contre-courant, en justicier, Loretta Young joue presque un second rôle là où que les véritables seconds roles (juge, epicier joueur de dames) sont mis en avant avec de véritables "profils psychologiques" détaillés.

A part quelques longueurs, Le Criminel est une plongée dans l'univers inquiétant de Welles, pour initiés certes (lui préférer Citizen Kane ou La Soif du mal  pour faire découvrir le maître) mais bourré d'intelligence et de trouvailles d'une simplicité absolue.

P.S. : La Dame de Shanghaï, film qui consacre de manière flamboyante la séparation d'Orson Welles avec son épouse d'alors Rita Hayworth est difficile à résumer en un billet de blog. L'obsession et la névrose développée pour cette femme rejoint celle d'un H.G. Clouzot pour les siennes. Aussi, le langage purement cinématographique du film incite, plus que jamais à le voir d'abord et de préférence sur grand écran.