mardi 20 novembre 2012

T'as de beaux restes, tu sais...

Prévert, Carné, Gabin, Morgan, Simon et un Havre embrumé, que de noms et de connotations viennent en tête pour écrire sur Quai des brumes.
Pourtant, en le revoyant aujourd'hui, 74 ans après sa sortie controversée, le film brise son carcan mythique et vient faire à nouveau éclater son dynamisme sur grand écran avec cette copie numérique cristalline et ce montage sans coupes honteuses.

"Dynamisme", quel étrange mot pour ce film dépressif, où chaque personnage a sa tragédie personnelle à trainer ("politique du chien crevé au fil de l'eau" écrivit à l'époque Georges Sadoul dans l'Humanité), où Jacques Prévert adaptant Pierre Mac Orlan colle dans la bouche de ces acteurs si bien choisis par Marcel Carné des mots ciselés et percutants.

"Dynamisme" et non pas "jeunesse" du film de Marcel Carné, alors qu'il en est question à chaque ressortie d'un film marquant ainsi que dans le parcours de ce film précisément, interdit aux moins de 16 ans et amputé du mot "déserteur" qui concernait alors beaucoup la jeunesse française qui allait sous peu être appelée sous les drapeaux.

"Jeunesse" recréé également comme Le Havre, pas encore détruite, mais déjà reconstruite et comme les 17 ans de Michèle Morgan qui en as alors 28 et les 34 de Jean Gabin...

Pourquoi alors défendre le dynamisme du film de Carné ? D'abord au niveau de l'image, cette restauration donne à voir un sens aigu de la lumière (intelligemment changeante sur les visages au cours d'un même plan) et des mouvements de caméra, chez un cinéaste réputé pour ses films parfois "verbeux" et statiques. Au son, la musique entêtante et expressive d'Hervé Jaubert (compositeur cher à François Truffaut) et les bruits du port, du bord de mer.
Enfin, la mise en scène et la direction d'acteur de Marcel Carné sont réellement complémentaires avec les personnages à tel point que l'intrication des trois donne une galerie digne d'une part de la comédie humaine de Balzac, des personnages archétypaux, certes, mais dont on emporte une part avec soi après le film.