jeudi 20 décembre 2012

11h11, Dernier billet de blog sur terre ?

Après Lars Von Trier et dans une certaine mesure Terrence Malick, Abel Ferrara nous livre sa vision de la fin du monde avec 4h44 Dernier jour sur terre. C'est une vision sereine, secouée de spasmes à la beauté lumineuse.

Le réalisateur nous montre et nous explique les dernières choses à faire avant de mourir à travers son alter-ego Cisco (Willem Dafoe, forcemment extraordinaire) et Skye, sa compagne (celle du réalisateur, Shanyn Leigh, aperçue dans Go-go tales, au jeu précis et à la beauté entêtante), couple d'artistes new-yorkais de-facto retranchés dans leur loft et assailli d'images du monde.


Le rythme est lent, contemplatif, en réaction aux blockbusters épileptiques. Il n'y a pas de compte à rebours : 4h44 suffit, une heure redondante en un multiple de 11. Une fin du monde new-yorkaise, rafinée, éprouvée, brutale ou solitaire par moment, chaudement communautaire à d'autres.

Le film cultive les chocs, les antagonismes. Dans sa philosophie, une tentation de rédemption est mise en balance avec la folie du monde ou les fautes irréparables du passé (la conversation avec l'ex-femme comme point de départ à un délitement est d'une subtilité et d'une force rare).

4h44 peut être simplement classique (en tout cas du point de vue de l'oeuvre de Ferrara), avec sa scène du dernier fixe d'héroïne ou ses rencontres sur les toits, mais également ultra-moderne avec une présence permanente des images. On y retrouve par exemple, la dialectique de Skype, où l'on raccroche au nez littéralement en fermant l'écran sur les visages comme dans Twixt  de Francis Ford Coppola, un geste qu'on imagine symbolique pour ces deux cinéastes.

Voir ce film en ces temps de fin du monde annoncée est comme un refuge serein pour chaque spectateur de cinéma pour qui "la fin d'un film, c'est la fin du monde"*.

*Phrase d'Abel Ferrara dans cette belle interview bien foutraque publiée dans Le Monde du 18 Décembre 2012.