lundi 3 décembre 2012

Combats du cinéma français

Voici deux studieux premiers films français aux moyens adaptés à leurs propos : Populaire de Régis Roinsard et Rengaine de Rachid Djaïdani.

Deux transfuges, un réalisateur de publicité, Régis Roinsard et un écrivain aux multiples talents, Rachid Djaïdani, s'appliquent à nous montrer deux univers peu vu au cinéma et que tout oppose.

Aux images léchées et à l'intrigue à priori sans aspérités (un concours de dactylo dans les années 1950) de Populaire répondent les images heurtées et les conflits sociaux indépassables d'un "Roméo & Juliette" urbain (la tentative de traque d'une fille par ses frères opposés à son mariage avec un garçon) de Rengaine.

Ayant sûrement du mal à rassembler les mêmes publics, les deux films montrent pourtant deux facettes du cinéma français actuel pour une même idée sous-jacente à défendre : la liberté d'aimer et de se réaliser aux delà des convenances sociales. Et aux séances complètes du samedi soir aux Halles, les deux films ont été applaudis par des spectateurs enthousiastes, voyons pourquoi.

Aisance de l'image chez Régis Roinsard, du verbe chez Rachid Djaïdani, il y a comme une poétique propre chez  chacun. On sent dans Populaire, les recherches visuelles d'archives, les emprunts (les coiffures des films d'Alfred Hitchcock ou les filtres chez Jean-Luc Godard), l'intelligence du réseau de citation (les couleurs de Jacques Demy, la présence fantomatique d'Audrey Hepburn et de Grace Kelly).
Populaire et son kaleidoscope d'images des fifties, Rose Pamphile (comme un certain cordonnier... interprété avec beaucoup de ressources par Déborah François). image : unifrance.org

http://medias.unifrance.org/medias/159/75/84895/format_page/populaire-romain-duris-deborah-francois.jpg
Dans Rengaine, la question de l'image semble plus vite "réglée", toute l'intelligence visuelle du film est dans le montage et à part quelques moment de grâce, l'image est héritière du Dogme95  toujours en mouvement, sale et à décrypter. Elle se vole et se dérobe à notre regard, quand elle ne donne pas la nausée par ses saccades. A l'opposé, la beauté des dialogues du film (gageure d'une scène d'introduction d'un personnage principal avec des vers de Corneille) et la magie des échanges énergiques, tirés du quotidien et lentement recueillis (9 ans de tournage et d'impro filmées) donnent à elles seules son unité au film de Rachid Djaïdani.

Des ennemis ? Il y en as à foison dans ces deux films. Ils sont humain et trouvent leur droit de réponse dans le cinéma. Ces ennemis pourraient être stigmatisés, il s'agit du poids des convenances dans Populaire  et du racisme ordinaire dans Rengaine.
Pourtant, ces deux films vont plus loin et exploitent le hors-champs pour Populaire  et le non-dit pour Rengaine.
L'amour menacé entre Sabrina (Sabrina Hamida, lumineuse dans ce premier rôle) et Stéphane (Stéphane Soo Mongo, acteur protéiforme et omniprésent, autant aperçu chez Peter Brook que dans Le ciel, les oiseaux et...ta mère. Image : La Ferme du buisson)
Les remords du personnage de Louis Echard (Ses échardes ? Romain Duris dans une composition inhabituelle et précise au millimètre) ne sont pas tout de suite perceptible tant son personnage d'assureur/coach est lisse dans Populaire. Le racisme et la difficulté face à la création artistique, (fut-elle foisonnante), ne trouve que lentement son chemin dans le discours de Rengaine.

Avec leurs objectifs simples, donner à voir de l'invisible (passé ou actuel), leur réussite sans partage (Populaire avec sa reconstitution d'une intelligence folle et Rengaine avec son patient travail d'assemblage de puzzle) et malgré la complexité de leur élaboration (Montage financier d'équilibriste pour Populaire et partenariats motivés au long court pour Rengaine), ces deux films laissent le spectateur dans une sorte d'euphorie et de fascination face à toute la vie qu'il vient de voir sur grand écran, retrouvant ainsi quelques unes des joies cinéphiles les plus magnifiquement basiques.

Quelques mots sur Populaire, ici :

http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/on-a-trouve-du-hitchcock-dans-populaire/

Sur Rengaine, la fiche de la Quinzaine des réalisateurs :

http://www.quinzaine-realisateurs.com/rengaine-f14324.html

Et le premier film de Rachid Djaïdani, Sur ma ligne :

http://vimeo.com/8293581

Le film est un documentaire sur l'élaboration de son second roman "Mon nerf" :

http://www.amazon.fr/Mon-nerf-Rachid-Djaïdani/dp/2020630850