dimanche 20 janvier 2013

Grandes expositions de l'automne, dernier jour ?

Ca y est, les expos stars de l'année passée se terminent les unes après les autres.
Entre petites expos astucieuses et grands barnums, une fois n'est pas coutume sur mon blog, voici un petit état des lieux des cimaises parisiennes.

Pas de panique donc pour ceux qui ont manqué "Edward Hopper", une semaine supplémentaire et une nocturne s'offrent à eux.
Malgré la particularité de ce peintre américain dont la sensibilité n'est pas du gout de tout le monde (un bouche à oreille étrange circule autour de cette expo, d'abord vue comme "celle à ne pas manquer", puis "celle qui déçoit"), l'exposition est une belle rétrospective de l'oeuvre de l'artiste.
Structurée de manière chronologique avec une belle partie sur la formation de son style, un accrochage subtil et riches d'exemples puisés chez d'autres peintres américains (rares sous nos latitudes à l'exception du musée américain de Giverny) ou européens, la scénographie s'efface en apparence. Elle isole les esquisses dans une sorte de cabinet et fait la part belle aux projections de photos (un mur complet, sur 5 mètres de haut) et aux gravures d'Hopper.
La peinture du maitre américain fait immanquablement penser au cinéma et des citations de réalisateurs de films jalonnent l'exposition. Il y a dans ces toiles de belles personnes aux regards absents, des paysages sans limites ou aux couleurs vives et une science de "l'image d'après", comme si la scène peinte décrivait le vide laissé après l'évènement. A ne pas manquer et sûrement plus à même de fasciner en nocturne, quand on s'intrigue de l'étrangeté des autres visiteurs.

Au grand palais, "Bohèmes" est la première victime des grandes expositions de peintures. Trois raisons de ne pas avoir (trop) de regrets :

1/ L'abord du terme "bohème" sous la double acception "bohémiens voyageurs" et "bohème artistique parisienne du XIXè siècle" étaient par trop manichéenne pour bien des critiques, notamment pour les raisons exposées par "Lunettes Rouges" au Monde.

2/ A la manière de la grande époque des CD-ROM multimédia, l'expo est toujours visitable en ligne ici,  avec une belle utilisation de la 3D et une guide toute aussi virtuelle. La scénographie de Robert Carsen vaut le coup d'oeuil, même interposé...

3/ Ce même Robert Carsen est à l'origine de la scénographie d'une autre exposition qui se termine demain :

"L'impressionisme et la mode" au musée d'Orsay.

L'exposition n'est pas à proprement parler une exposition de peinture, même si de grands tableaux s'y retrouvent. Il s'agit plutôt d'un dialogue entre robes, costumes mais surtout accessoires de mode et peinture. On y apprends ou on y révise les courants et la situation économique de la haute-couture au XIXè siècle tout autant que les courant artistiques éclairé sous cet angle.

Découpé en plusieurs thèmes arbitraires et sans suivre une chronologie ou un propos fort, l'espace d'exposition présente une série dispositifs scéniques inattendus et méticuleux. Comme pour "Bohèmes", les visiteurs sont transformés en acteurs, le scénographe jouant avec leur perceptions par des jeux de transparences et de reflets.
A voir pour l'expérience plus encore que pour le sens des oeuvres.

Au musée d'Orsay, une autre exposition, plus modeste bénéficiait d'une scénographie méticuleuse, "Victor Baltard, le fer et le pinceau", chronologique et reproduisant les fameuses halles de l'architecte haussmannien. Il en reste un beau catalogue sous la forme d'un truculent "Découverte Gallimard". (A consulter en correspondance, le catalogue de l'exposition Labrouste, l'architecte de la bibliothèque Ste-Geneviève, à la cité de l'architecture).

Pour finir, deux petites expositions à ne pas manquer avant la semaine prochaine :

"Le musée des coeurs brisés" au centquatre, est en fait une extension itinérante du musée des coeurs brisés de Zagreb, dans le cadre du festival de la Croatie en France.
Olinka Vištica et Dražen Grubišić ont collecté des objets marquants de la vie de couples désormais séparés. Quelques mots les accompagnent. Pour quiconque ayant déjà traversé, initié ou regretté une rupture amoureuse, difficile de rester froid face à cette inventaire intime et spontané qui n'est pas sans rappeler le "Prenez soin de vous" de Sophie Calle.


Un petit parcours vidéo de l'exposition :
C'est simple, efficace et bouleversant. A voir absolument.


"Nicolas Poussin et Moïse, une histoire tissée", retrace le parcours d'une série de tapisseries perdue, puis retrouvée, de la peinture originale au carton, puis à la tenture, gigantesque, comme une image de cinéma, produite industriellement et destinée à être vue sur un mur. Une exposition lumineuse à plus d'un titre, accompagnée d'une carte blanche à deux artistes contemporains : Pierre Buraglio et Yan Pei-Ming.