mardi 29 janvier 2013

Psychose créative


Hitchcock est le premier film d'un jeune réalisateur de 46 ans qui a eu plusieurs vies.
Non content d'avoir été, au pied levé roadie pour un groupe de rock dès ses 16 ans (Anvil, à propos duquel il a réalisé un beau documentaire éponyme), Sacha Gervasi a également été co-fondateur du groupe Bush, s'est occupé de la vente des archives de Samuel Beckett, voue une passion pour Hervé Villechaize (si, si, celui de L'homme au pistolet d'or et de la serie L'ile fantastique !). Il a aussi co-écrit le scenario d'un des films les plus poétiques de Steven Spielberg, Terminal.

Être aux côtés d'artistes en création et apporter sa contribution est donc pour lui une sorte de sacerdoce voulu et parfois subi (littéralement, quand, par exemple, son nom émerge dans les tabloids après quelques mois passés avec l'ex-Spice Girl Geri Haliwell, celle-ci tombant enceinte puis lui refusant de voir l'enfant).

Mais le scénariste/rockeur/documentariste a du ressort en plus d'un beau brin de talent. Quand on l'appelle pour récupérer au pied levé la réalisation d'un biopic sur Hitchcock que tout le monde fuit comme la peste, il convainc et rassure la production par son enthousiasme et sa connaissance du maître du suspense. Le casting est intimidant pour un premier film de fiction (Helen Mirren, Anthony Hopkins,Scarlett Johansson...).

Que reste t'il donc de Sacha Gervasi dans ce biopic taillé comme une locomotive ?
Une vraie générosité dans le traitement des personnages, quelques moments oniriques parfois mal maîtrisés et une écriture des dialogues au cordeau porté par des acteurs magnifiques.

Trois types d'interprétation dans le film :
-le mimétisme (Scarlett Johansson est frappante en Janet Leigh et Jessica Biel a le rôle de Vera Miles, à sa hauteur, et qu'elle défends avec honnêteté),
-la réappropriation (celle du personnage Hitchcock par le non moins personnage Anthony Hopkins, flirtant avec le cabotinage sans jamais franchir la limite) et,
-la composition (remarquable Alma Hitchcock, veritable intérêt du film, enfin visible derrière le maitre grâce à Helen Mirren).

Attraper un maitre au faît de sa gloire et le voir en proie au doute est assurément une bonne idée de biopic. Malgré certains effets faciles et attendus occasionnant quelques longueurs, le film de Sacha Gervasi est à voir absolument pour tout ceux qui ont vu et frémis à la vision de "Psychose" dont il relate la genèse.