jeudi 10 janvier 2013

We could be heroes, just for one day...

Un nouvel album de David Bowie et une scène d'épiphanie sur "Heroes" dans Le Monde de Charlie, suffisent à rendre cette semaine "Ziggy-esque"...

Le teen-movie de Stephen Chbosky (dont le titre original pourrai se traduire par "les avantages d'être une giroflée", tout un programme...) est rapidement devenu un petit cheval de bataille pour quelques cinéphiles adeptes de petits films américains bien troussés. En effet, son distributeur français (la filliale de M6, SND), peine à le distribuer: http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18620182.html

Il est vrai que le film part handicapé par son propos, un récit initiatique dans un lycée américain, un traitement volontairement dépouillé mais assez "mainstream" lui retirant d'emblée l'étiquette "auteur", de jeunes acteurs de télé ou de grosses franchises (comme Emma Watson, l'Hermione d'Harry Potter) et un écrivain comme réalisateur. (A l'inverse, on pourrai aussi rappeler que le film a le même producteur que Juno et que le livre dont il est tiré est un best-seller outre-Atlantique...)

Pourtant, dès les premières minutes, difficile de ne pas s'intéresser à ce jeune lycéen, Charlie, qui écrit son journal intime à la veille de sa première rentrée. Logan Lerman, qui interprète Charlie, semble familier, il a notamment joué dans le remake du western 3h10 pour Yuma aux côtés de Christian Bale. Il s'agit d'un de ces comédiens juvéniles qui, au premier abord semblent inexpressifs et se révèlent par la suite avoir des "visages-écran" sur lequel ils peuvent montrer des expressions innatendues et intenses.
Le soin du générique tapé à la machine, puis le rythme du découpage, simple et efficace, mais surtout les dialogues ciselés (le livre est un roman épistolaire à la base) présentent un côté composite qui place immédiatement l'histoire et le ressenti des personnages au centre des préoccupations de la mise en scène.
Un savant jeu de flash-backs présentant toujours une image-clé manquante guide et maintient dans l'attente de la révélation d'un mystère autour de Charlie, au départ solitaire.

Image : Blog Nouvelles vagues

L'irruption de Patrick (Ezra Miller, le jeune acteur miraculeux face à Tilda Swinton dans We need to talk about Kevin) et de son groupe d'amis (Notamment Sam, la jolie Hermione donc, dynamique, drôle et en pleine possession de ses moyens d'actrice) change la vie de Charlie qui s'ouvre petit-à-petit.

On comprends alors que, derrière la belle mise en scène astucieuse mais sans histoires et les références "attendues-que-l'on-a-plaisir-à-retrouver", le film cherche à nous montrer la part de cruauté et de complexité que renferme l'épreuve du lycée.
En jonglant avec des enjeux vitaux, comme la mort, le sexe, l'amour, la vocation avec une telle simplicité et une telle frontalité, Le Monde de Charlie résume et recoupe, sans jamais les citer, d'autres films américains montrant le lycée de manière latérale. Il est alors facile de penser à certains passages de Virgin Suicide, Elephant ou American Beauty.

On pourrai aussi imaginer Le Monde de Charlie en futur film générationnel sur l'adolescence dans les années 1990, mais il est plus plaisant de lui souhaiter de servir de bréviaire à celles et ceux qui entrent au lycée et aurai besoin d'un guide pratique.

(Pour l'aspect "générationnel" : on notera également deux belles apparitions, celle de Tom Savini (chasseur de prime et "gueule" dans les films de Robert Rodriguez) en professeur de techno goguenard, vétéran du Vietnam et celle, impeccable de Joan Cusack en psychiatre).