mardi 12 mars 2013

Vu à Berlin : Camille Claudel 1915

Camille Claudel 1915, c'est l'histoire d'un abandon. Une artiste abandonne sa vie, est abandonnée par le monde et par ceux qu'elle aime.
Internée en à partir de 1913, Camille Claudel passera le reste de sa vie enfermée dans un asile d'aliéné du Vaucluse.
En 1913, Camille Claudel a 49 ans, comme Juliette Binoche aujourd'hui. Une coïncidence qui n'a pas échappée au réalisateur Bruno Dumont (Avant lui, Claude Chabrol voulut faire jouer le rôle à Isabelle Huppert).
Alors pourquoi "1915" dans le titre de ce Camille Claudel-ci ? Il s'agit de l'année où l'artiste arrête de sculpter et sûrement aussi pour Bruno Dumont une manière directe, temporelle, de marquer la séparation avec le mélo passionné des années 1980 (Camille Claudel, avec Isabelle Adjani dans le rôle-titre, à l'époque compagne du réalisateur Bruno Nuytten, 1988).
L'âge mur, par Camille Claudel (source : exporevue.com)

Il y a comme une lumière magique dans Camille Claudel 1915, celle que capte Bruno Dumont du Sud où il tourne pour la première fois s'éloignant un peu des soleils froids ou gris du Nord. Il sublime des procédés simples, comme le champ-contrechamp et le décadrage.
Mais surtout, il dirige intelligemment une Juliette Binoche toute en retenue, qui attend.
Son attente est ponctuée d'échanges parfois muets avec les soeurs catholiques de l'asile et les autres pensionnaires joués par des malades mentaux et que Dumont a filmé comme des objets d'art brut.
A la frontière donc entre précision documentaire et création dépouillée, le film déploie une sorte de beauté sourde à la manière de la douleur qu'il décrit et des non-dits qu'il montre magnifiquement.

Pourtant, des éléments volontairement dissonants viennent bousculer cette harmonie. L'abord grinçant du rôle de Paul Claudel, le frère tant attendu, par Jean-Luc Vincent frise le ridicule quand ce n'est pas le suicide artistique, tout autant que les phases d'arythmie du film, d'ordinaire si magistralement maîtrisées par Bruno Dumont.

Le film reste à voir tout de même pour Juliette Binoche qui renoue avec la composition sensible d'un personnage qu'elle avait ces derniers temps un peu délaissée au profit d'une mise en scène d'elle-même. Camille Claudel 1915 se pose également comme une évocation un peu plus artistique que romantique de la vie de celle dont la plus grande tragédie n'aura pas seulement été de vivre injustement dans l'ombre d'Auguste Rodin.

A voir autour du film :

-Le montage d'interviews croisées de Juliette Binoche et Bruno Dumont sur Arte (8' environ)
-Un court-métrage espagnol sur le même sujet, intitulé simplement Camille.