jeudi 23 mai 2013

CANNES 2013 - All is lost, tempêtes et tonnerre d'applaudissements

Encore un instant cannois où la météo joue son rôle : violente averse vers 17h.
Panique immédiate. Les hommes courent acheter du cirage et des parapluies pour sauvegarder leurs chaussures à bascules et leurs chemises blanches prête pour la montée des marches deux heures plus tard.
Les rimmels coulent, les décolletés deviennent des pièges à bronchite pour les femmes dont les pieds sont déjà torturés par les talons hauts.
Une sorte de tourmente, mais vue au ras du boulevard de la Croisette.

Montée des marches de 19h sur un tapis rouge gorgée d'eau donc, dont l'aspect oscille entre éponge et marécage. Entrée de l'équipe du film au milieu d'un parterre prestigieux. Une prestance et un visage s'impose, ceux de Robert Redford. La salle se lève, quelques instants après la lumière s'éteint.
Le film commence, il prends immédiatement une teneur particulière pour les spectateurs de la salle Lumière car il raconte un peu ce qu'ils viennent de vivre (un homme, notre homme "our man" comme le crédite le générique), seul face aux éléments et dans ce cas précis, justement des trombes d'eau.

All is lost, sous son titre pessimiste renferme toute la tenue d'homme qui prévaut au style Robert Redford, sa philosphie de vie en quelque sorte.
Comme un bilan à 76 ans révolu, Redford se retrouve face à lui même, à ses limites, un peu comme Trintignant qui se batterai pour sa propre survie dans un Amour d'Haneke revisité, où un Eastwood dans Gran Torino qui n'aurai pas trouvé de descendant à qui inculquer ses valeurs.
L'arrière-garde masculine meurt petit-à-petit, mais ne se rends définitivement pas. Au contraire même, elle fourbit les armes.
Le film est produit entre autres par Zacharie Quinto et réalisé par Jeffrey "JC" Chandor (Margin call) dans un style télé HBO très frontal, d'une école très orientée J.J. Abrams.
La musique est minimaliste et le film muet. Robert Redford est grand.
Robert Redford sur l'écran, la salle debout pour lui. Photos : rubrique-a-briques
La lumière se rallume et après un standing ovation qui a ému toute l'équipe aux larmes, les sourires se lisent sur les visages. 
Le message principal de All is lost est passé : une sorte d'impératif catégorique kantien but with attitude.

Sortie lointaine en décembre mais en attendant, le film Ordinary people, réalisé par Robert Redford, oscar 1981 du meilleur film, ressortira en salle cet automne grâce aux bons soins de Madadayo Films.