lundi 20 mai 2013

CANNES 2013 - Lanzmann : Quelques mots pour quelques heures

Le soleil frappe la ville à 11h du matin et on se retrouve à peu de spectateurs pour s'enfermer près de 4h dans une petite salle de rattrapage au public très clairsemée afin de découvrir le prochain film de Claude Lanzmann : Le Dernier des Injustes.

Encore une chute de l'interminable "tournage-recueil-enquète" de Shoah tourné entre 1976 et 1981 se dit-on quand la lumière s'éteint. On aura tort.

Le Dernier des Injustes ne se contente pas seulement de révéler un personnage ou un évènement comme Un Vivant qui passe (1997) ou Le rapport Karski (2010).
Le film s'offre le luxe de remettre en mémoire des lieux moins connus, moins revu, et il le fait en remettant à plat tout le "système Lanzmann".

Lanzmann, habituellement bord cadre ou hors-champ se révèle enfin à lui-même et à nous. Il nous parle, nous guide, fait des allers-retours passé-présent vertigineux, nous donnant par là même, l'occasion de nous faire notre propre opinion tout en l'influençant.

Image : Hollywood Reporter
Le film explore la création et la survie du Ghetto-témoin de Theresienstadt (Terezin, actuelle république Tchèque) en partant du témoignage du doyen juif survivant de la ville, Benjamin Murmelstein.
Le lieu est central dans la filmographie de Lanzmann mais n'avait jamais été exploré de front. Sorte de foyer d'abjection nazie sous une apparence proprette, le lieu est plein de fantômes que l'on découvre au fil du film.
Il y sera question d'Eichmann, de la contestation d'Hannah Arendt, de contes, de mythes et de faux-semblants : autant dire 3h40 étonnamment haletantes, avec des instants à la Jean-Luc Godard et des moments à la Terence Malick (Caroline Champetier est au cadre).

Le film sortira cet automne et en réveler plus serai effectivement injuste.
Il est cependant possible de dire que Le Dernier des Injustes n'est, rien de moins, que le film de Claude Lanzmann à voir s'il n'y en avait qu'un seul à voir de son auteur.