jeudi 12 septembre 2013

Animation : retour en Annecy

Les mots promis après les images auront pris du temps à arriver mais voici enfin le compte-rendu du dernier Festival du Film d'animation d'Annecy. Pour rendre ces mots un peu plus neuf, il s'agit de mon premier article bilingue (read it in english on the next post!). Merci à Rachid Ouadah d'avoir repris, rapiécé et aidé à cet article consultable également sur MotionMedia.fr
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Alors que le dernier bijou de l’animation Pixar Monstres Academy triomphe sur les écrans et que plusieurs longs français sont attendus, un petit retour s’impose sur le 37e Festival International du film d’animation d’Annecy qui s’est tenu du 10 au 15 Juin dernier.

Avec Poznan, Zagreb et Ottawa, Annecy est la plus grande vitrine de l’animation mondiale et le plus ancien festival de film d’animation. La « Venise des Alpes » semble être un cadre idéal : ancien comté genevois puis savoyard, centriste, à la vie culturelle ponctuée par un carnaval, un retour des alpages et un festival de cinéma italien. Pourtant, le temps de l’événement, l’avenue d’Albigny prend des atours de boulevard de la Croisette décontractée au bord d’un lac.

C’est dans ce cadre un peu protégé que Serge Bromberg, bombardé directeur artistique, introduisit il y a près de quinze ans le loup Disney dans la bergerie, pour une greffe plutôt réussie. Mais cette année, le passage de témoin de l’école française à l’école québécoise était un challenge pour Marcel Jean, producteur émérite à l’ONF (l’Office National du Film canadien), critique, professeur et même réalisateur de courts à ses heures.
Marcel Jean, nouveau délégué général du festival, paraît plus grand s'il est filmé en contre-plongée (photo : G. Costes).
Marcel Jean, nouveau délégué général du festival, paraît plus grand s’il est filmé en contre-plongée (photo : Georges Coste)
En outre, cette édition se voulait « itinérante » car privée de son lieu principal en travaux pour deux ans. Là où Cannes a son Palais des Festivals, Berlin, son Sony Center, La Rochelle sa Coursive, Annecy avait cette année un ensemble de tentes et préfabriqués sur la place de Menthon, à quatre pas d’un haras d’équitation réaménagé en salle de cinéma. Dans un festival à l’ambiance électrique où les spectateurs sont si réactifs autant en salle qu’en dehors, cette édition cumulait donc les challenges.

Amoureux et furieux de l’animation

La programmation était dense et oscillait entre grosses machines et petites créations intimistes et expérimentales. Les grands acteurs industriels, des producteurs aux diffuseurs, croisaient le chemin des créatifs et des passionnés. Cela fait bien longtemps que l’animation n’est plus considérée comme un jeu pour enfants, et représente maintenant un enjeu économique et culturel réel comme l’attestait la présence d’Aurélie Fillipetti dans les allées du Marché International du Film d’Animation (MIFA).
Aurélie Filippetti, actuelle Ministre de la Culture (2012-) (photo : Georges Coste).
Eric Garandeau, président du CNC (2011-2013) et Aurélie Filippetti, actuelle Ministre de la Culture (2012-?) (photo : Georges Coste)
Le palmarès était à l’image de la diversité du programme et du public. Le Cristal du court est allé à Subconscious Password du canadien Chris Landreth, un de ces films dont on est soulagé qu’il obtienne un prix tant son propos est à la fois singulier et universel. Ce petit métrage propose de montrer le fonctionnement du cerveau à l’aide de techniques d’animation variées et parfois déroutantes.


Le prix du meilleur film de commande est également un accident, un petit clip dont la cruauté contraste avec la naïveté du dessin de Julian Frost : Dumb ways to die (critique à découvrir dans la les pages Vidéodrome de Motionmedia.fr) fait partie d’une campagne de sécurité pour le métro de Melbourne.


Côté long, le grand prix est allé à Une histoire d’amour et de fureur, un ambitieux film de Luiz Bolognesi qui raconte 500 ans de l’histoire du Brésil à travers un personnage immortel, depuis la fin du 16e siècle jusqu’à l’an 2096. L’animation est belle, composée de cellulos faits main. La fureur évoquée dans le titre a trouvé résonance dans le soulèvement populaire dont le monde a été témoin le lendemain même de la fin du festival.


Au rang des films éminemment actuels, Tante Hilda! de Jacques-Remy Girerd et Benoît Chieux se proposait d’expliquer les danger des OGM aux enfants grâce à des aquarelles animées porteés par les voix de Sabine Azéma et Josiane Balasko. Salué par une standing ovation, cette production du studio Folimage ne devrait pas tarder à sortir sur les écrans français. Girerd est déjà bien connu du public pour La prophétie des grenouilles et Mia et le Migou.
Extrait de Tante Hilda!, fable engagée contre les organismes et les dessins animés génétiquement modifiés (Folimage).
Extrait de Tante Hilda!, fable engagée contre les organismes et les dessins animés génétiquement modifiés (Folimage).
O Apostolo (L’Apôtre) de Fernando Cortizo, Prix du public, a également fait sensation avec ses marionnettes animées image par image. Ce sera le premier long-métrage européen en stop-motion et en relief, de quoi ajouter encore plus d’aspérités à cette sombre histoire de crime au fin fond d’un petit village espagnol.


Certaines séances n’ont lieu qu’à la faveur de l’alchimie particulière du festival, comme celle de Get a horse un bel hommage aux tous premiers court-métrages animés avec Mickey et dont Steamboat Willie est le meilleur représentant. Etaient notamment présents le réalisateur de Pocahontas, Eric Goldberg, paré d’une chemise hawaïenne de rigueur.

Il y a eu aussi une séance spéciale durant laquelle nous avons pu voir des extraits d’un métrage français, Jack et la mécanique du cœur, de Mathias Malzieu. Les voix d’Olivia Ruiz, Jean Rochefort et Grand Corps Malade habillent ce film synthétique et stéréoscopique dans lequel on suit le parcours d’un garçon qui doit veiller à ne jamais tomber amoureux sous peine de faire exploser son cœur d’horlogerie.


Le réalisateur, plus connu pour ses prestations musicales, a offert au public une prestation acoustique avec son groupe, Dionysos, à même la salle de projection.


Les avions ont donc volé de plus belle et les « lapins » anneciens (deux traditions du festival qui consistent à jeter des avions en papier et à crier le mot “lapin”, ndlr) étaient de la partie. Tandis que Serge Bromberg a présenté la cérémonie de clôture aux côtés de Marcel Jean, comme un passage de témoin dans la bonne humeur.

Le palmarès complet sur le site officiel du festival.