lundi 2 décembre 2013

Pixar sans les pixels

Cet article est également publié sur MotionMedia.
Vous trouverez ici un diaporama complet à la fin de l'article.

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Depuis quelques semaines fleurissent sur les porte-affiches parisiens alternativement une pastel de Némo, le petit poisson orange de Pixar et un crayonné de Buzz l'éclair, l'un des héros de Toy Story. Deux indications barrent les affiches : "Pixar, 25 ans" et "Art Ludique", comme une proclamation légitime.
S'agit-il de la galerie Arludik, connue pour ses expositions au sein des FNAC parisiennes ?
Aucun rapport si ce n'est le thème, le mystère se dévoile un peu quand on apprend qu'il s'agit d'un "Musée des Arts ludiques". On pourrai penser que la vivacité des arts populaires s’accommode mal d'un musée, alors le choix du lieu, la cité de la mode et du design, apparait judicieux.
Etablie dans un ancien entrepôt du quai d'Austerlitz, le bâtiment vert regroupe une école, une bibliothèque tout autant qu'une boite de nuit, le Wanderlust. Dans le même esprit, l'immeuble offre une vue imprenable sur Paris depuis un champ presque campagnard sur sa terrasse méconnue et accessible.

1200m² serviront donc à partir de Mars 2014 à une collection permanente dédiée aux "productions issues des industries créatives" et donc principalement aux "bandes dessinées, mangas, jeux vidéo, cinéma live action ou film d’animation" selon le site du musée et son directeur Jean-Jacques Launier.
Comme pour le musée de la cinémathèque française et ses 1100m², il a fallu choisir entre exposition temporaire et exposition permanente. L'occasion s'est présentée au nouveau musée des arts ludiques d'accueillir dans un premier temps l'exposition "Pixar, 25è anniversaire".
Voilà pour le cadre, maintenant un mot sur le contenu. D'abord, cette exposition est organisée par l'entreprise Pixar elle-même sous la houlette du fondateur John Lasseter et la maitrise de la directrice des archives Elyse Klaidman.
L'idée était, dès 2006 et la constitution du fond de l'exposition originale destinée au MoMa, de révéler au public un paradoxe assez renversant des films Pixar : avant que l'image de synthèse n'intervienne, les artistes impliqués dans l'univers visuels des films produisent quantités de dessins, peintures, sculptures, schémas et descriptifs de type technique.
A l'instar des planches de BD, leur valeur esthétique autant que leur valeur financière sur le marché de l'art commencent à être reconnues. On retrouve donc une cohérence entre l'ouverture d'un musée des arts ludiques et cette exposition.
La surprise est grande pour le visiteur car la redécouverte tout en matière graphique de ces personnages et de cet univers familier provoque un retour à l'intime. Les images deviennent préhensiles car le tracé issu de la main redevient visible. On se plait à découvrir les tâtonnements successifs voyant surgir les personnages dans une première partie de l'exposition. On reconstitue des films Pixar alternatifs peuplés de créatures qui sont restés à l'état d'ébauche. Et puis, dans un recoin de la salle, sous la forme d'un crayonné ou d'une sculpture en résine invariablement grise, il nous attends, le personnage mondialement connu, le bon, celui qui a été retenu.

"La chose la plus importante lorsque l'on crée le design de nos personnages est de capturer l'essence de quelqu'un, et le spectateur projettera alors cette personne dans le design du personnage" Ricky Nierva (Chef décorateur, Superviseur animation des personnages)

Plus que l'esprit d'atelier des peintres de la Renaissance, le melting pot typiquement américain joue à plein dans le mélange des inspirations irriguant toutes ces œuvres. On retrouve d'étonnantes estampes d'inspiration japonaise, de la peinture à l'huile, des gouaches, des acryliques... mais aussi une nouvelle technique, la peinture numérique, permettant des rendus aussi variés que le crayonné assortis de flous spécifiques, ou l'aérographe à la brillance particulière.
Outre la diversité des techniques, on retrouve, dans une seconde partie consacré à la création des univers, des formes graphiques plus spécifiques au développement d'un long-métrage d'animation.
Le "colorscript" est un déroulé horizontal de tout les univers visuel du film par ordre chronologique mais regroupé en une seule image panoramique parfois déclinée en plusieurs longues bandes. (Bill Cone, animateur chez Pixar les appelle des "cartes postales du futur").
Certains gags sont saisis par des croquis, comme pour de nombreux films. Le désormais bien connu story-board se retrouve ici animé grâce à un logiciel dédié. L'exposition montre plusieurs compilations d'éléments graphiques divers, comme les décors et arrières-plans animés.
Outre un passage très complet sur les courts-métrages, deux installations exclusives à l'exposition méritent vraiment le détour.
L' "Artscape" est une sorte de voyage dans la matière dessinée des films, regroupant des images de nombreux dessins des films et projeté sur trois écrans panoramiques juxtaposé dans une salle éclairée en rapport avec les couleurs dominantes du film.
La seconde installation est un zootrope géant et en trois dimensions. Il s'agit d'une sorte de toupie peuplée de personnages Pixar en plasticine éclairée au stroboscope derrière une vitre. Ce tour de magie se double d'une belle création sonore et les personnages semble, pour quelques instants suspendus, prendre vie sous nos yeux derrière une vitre.

Le tarif peut sembler dissuasif mais la visite vaut vraiment la peine si l'on prends le temps d'admirer la maitrise de ces quelques 500 œuvres et de réfléchir aux choix artistiques, comme par dessus l'épaule de cette équipe incroyable. Espérons juste que cette exposition ne sonne pas la fin d'une ère mais annonce plutôt l'entrée dans une nouvelle où Pixar continuera à nous surprendre.
De son côté, l'ère de l'art ludique semble bien lancée.

Aerographe et paravent japonais à la peinture numérique pour Cars

Bill Cone - Cars - colorscript - 2006 - Pastel

Bill Cone - Cars - colorscript - détail - 2006 - Pastel

Bill Cone - colorscript - Tilt contre le borgne - 1998 - Pastel

Bill Cone - Princesse Atta - 1001 pattes - Crayon sur photocopie - 1998

Bob Pauley - Martin - Détail - Cars -2006 Crayon

Bryn Imagire - Etude de plantes - Up - 2009 - gouache

Bryn Imagire - Porto Corsa texture d'immeubles - Cars 2 - 2011 - peinture numérique

Collectif - The blue umbella - 2013 - techniques mixtes - Détail

Collection d'iris compilée par Becky Newman

Colorscript - Ralph Eggleston - Une journée au travail - Wall-e - peinture numérique - 2008

Concept de l'expo

Croquis de personnages de Up - 2009


Détail Général Cutter - 1001 pattes - Résine

Dan Lee - Colette - 2006 - Ratatouille - Marqueur - 2007

Dan Lee - etude de mouvements pour Heimlich - 1001 pattes - crayon - 1998

Détail poisson lune Nemo

Don shank - Jour Nuit - 2010 - Crayon

Don shank - La maison de Carl - 2009 - Peinture numérique

Extérieur de l'entrée

Intérieur de l'entrée

Erico Casarosa - croquis pour storyboards - La Luna - 2012

Etoile Nemo - explications

Evolution étoile Némo
Affichage sur l'immeuble des Docks

Extraterrestre Toy Story

Geefwee Boedoe - Gouaches pour Monstre-ville - 2001

Greg Dykstra - Kevin - Up - 2009 - Résine uréthane et plume

Imprimatur 1

Imprimatur 2 - John Lasseter

Imprimatur - Night and day

Indication - 1001 pattes - 1998

Indication 2 - 1001 pattes - 1998

Jason Deamer - Bass - l'homme orchestre - 2005 - crayon

Jason Deamer - Ratatouille 2006 - Bébé rat

Jean-Jacques Launier interviewé par la télévision belge Belgacom

Jerome Ranft - Mater et Martin 2006 - Résine Uréthane

Kent Melton - Violette- les indestructibles 2004 - Resine uréthane

Monstres non retenus - 1

Monstres non retenus - 2

Peter Sohn - Russel - Up - 2009 - crayon

Première salle

Première vitrine - Woody et Buzz de Toy Story en résine, version initiale

Récapitulatif de tout les personnages de l'univers de Monstres et compagnie

Salle des personnages 1

Salle des personnages 2

Salle des univers

Sculpture en résine Némo 1

Teddy Newton - Alec - Presto - 2008 - Crayon

Teddy Newton - Gags Elastigirl - détail - les indestructibles 2004 - Marqueur

Teddy Newton - Karu et Jack-Jack - Les indestructibles - 2004 - Encre et marqueur

Tia Kratter - Etude d'yeux de fourmis - 1001 pattes - Acrylique et encre - 1998

Tia Kratter - Etudes de textures et de couleurs pour Ornament Valley - Cars - 2006 - Acrylique

Tia Kratter - line-up de fourmis - 1001 pattes - Acrylique sur photocopie - 1998

Wall-e textures - collectif - 2007

Zootrope tournant